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  • Le point sur l'évolution des vins

    Pour Patrick Dussert-Gerber, depuis 30 ans, la typicité d’un vin, ce n’est rien d’autre que l’association d’un sol, d’un micro-climat, d’une plante et d’un homme. Sa nature le poussant à soutenir les hommes et les femmes qui partagent les mêmes valeurs, il est, aujourd’hui comme hier, passionné par ce “Sang de la Terre et du Ciel”, cette entité à part entière qui associe l’inné et l’acquit, le talent et la passion, l’homme et la science, le matériel et l’irrationnel, le plaisir et la mesure (si l’on a soif, on boit autre chose)... s’attachant à respecter à la fois une culture et une éthique. Il ne s’agit donc pas seulement de faire du bon vin, ce que tout le monde peut faire, mais surtout d’élever de vrais vins racés, reconnaissables entre mille, qui sentent ce “fumé” bourguignon, déploient ce “velours” libournais, cette “chair” en Médoc ou à Châteauneuf, cette “minéralité” à Pouilly ou à Meursault, cette fraîcheur en Champagne comme dans nos grands liquoreux. Ces vins-là, “chouchoutés” par des vignerons avec lesquels on aime partager un moment de plaisir, dans une gamme de prix unique au monde, sont de vraies valeurs sûres, certains crus l’étant déjà il y a bien longtemps, en 1980...

    Brigitte Dussert : Trente ans, c’est un record pour Millésimes et le Guide des Vins, si on repense à vos débuts ?

    Patrick Dussert-Gerber : Millésimes fête ses trente ans, c’est donc une satisfaction personnelle.

    J’ai connu “les débuts du vin”. Bien peu de vignerons vendaient leur vin en bouteilles, il n’y avait pas de salon, de guide des vins (le mien a été le premier, en 1980), il existait des livres sur le vin mais pas avec un reporter qui partait sur le terrain, et pratiquement pas de presse spécialisée du vin (il n’en reste pas beaucoup plus aujourd’hui).

    On a donc été novateur, depuis le début, en montrant les hommes et les femmes qui produisaient le vin, en publiant beaucoup de portraits, en multipliant les interviews, car le consommateur a besoin de mettre un visage sur un nom, de personnaliser une étiquette, une marque, un cru. On ne peut expliquer un vin qu’en comprenant celui qui le fait. C’est très important.

    Derrière une étiquette, il y a un viticulteur (ou une viticultrice) et c’est fondamental de ne pas les dissocier.

    Je sais tout-de-suite, lors de mes déplacements à travers tous les vignobles (et je passe l’année à faire cela) si un propriétaire est réellement passionné par son vin, ou non. Cela se “sent”. On n’a pas besoin de me vanter la qualité de ses cuves ou la beauté de sa plaquette de présentation.

    C’est la raison pour laquelle l’accueil à la propriété est fondamental et que les salons des vins fonctionnent bien, on peut acheter mais surtout, rencontrer celui qui l’a élevé. Nous l’avions déjà parfaitement assimilé quand nous avions lancé nos Boutiques de l’Amour du Vin, dès 1986, où les dégustations étaient au centre de nos actions. Depuis, les grandes surfaces ont suivi, les cavistes également...

    Aujourd’hui, c’est la même chose, il faut être précurseur. La presse “papier” de luxe reste encore une valeur sûre, sauf la presse d’information pure et simple qui ne pourra concurrencer l’interactivité du Net. Peu de personnes estiment la force d’Internet comme elle devrait l’être. C’est la plus grande révolution de communication que l’on n’ait jamais connue, ni envisagée. Demain, on sera bien loin de se contenter d’une simple adresse mail et d’un petit site de présentation. On le sait, et on a prévu.



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    B.D. : Qu’avez-vous remarqué dans l’évolution de la profession ?

    P.D.-G. : Il y a trente ans, nous étions encore dans le domaine de l’agriculture proprement dite, maintenant la profession a évolué, s’est intellectualisée. Un propriétaire ne doit plus savoir uniquement conduire ses vinifications correctement, il doit aussi vendre son vin à l’étranger, parler anglais, faire des relations publiques, sa gestion, suivre les lois qui évoluent... Le métier du vin est devenu très valorisant, c’est d’ailleurs pourquoi les jeunes rejoignent les propriétés de leurs parents ou que beaucoup de gens extérieurs ont acheté des vignobles, hormis l’attrait des exonérations sur la fortune. Cela prouve bien que le monde du vin attire, qu’il est mythique, toujours irremplaçable et, depuis trente ans que j’y évolue, il me passionne toujours autant. C’est beau, d’être un paysan.

    Il ne faut pas avoir la mémoire courte pour autant, et oublier ce que nous avons fait : en 1980, à part moi, qui se souciait du producteur des Côtes de Bourg ou de celui de Rasteau ?

    Qui passait des notes de frais à son éditeur pour ses déplacements au fin fond de l’Alsace ou de la Provence ?

    Qui prenait le risque de soutenir un vigneron du Languedoc comme Aimé Guibert ou de défendre “bec et ongles” les “petits” producteurs champenois ou bordelais ?

    Qui osait dire qu’un simple Cru Bourgeois médocain pouvait être nettement meilleur qu’un “Grand Cru Classé” de l’obsolète hiérarchie de 1855 ?

    À l’inverse, qui a soutenu plus que jamais tel ou tel Grand Cru réputé Bordelais comme il le méritait, à une époque où la mode risquait de l’entraîner vers une course à la barrique ?

    Je l’ai fait, écrit, démontré. Ensuite, c’était la porte ouverte pour être copié : à la place de mes Classements, qui avaient le mérite d’être les premiers, il fallait bien trouver autre chose sous peine de passer pour des “pillards” : alors, certains ont donné des “notes”, des 90 sur 100, des 13 sur 20, etc... C’était parti.

    B.D. : Qu’avez-vous remarqué dans l’évolution des vins de France et du monde ?

    P.D.-G. : C’est la même. Au travers de nos réalisations, j’ai donc suivi, en parallèle, l’évolution du vin dans notre pays, puis dans le monde.

    Il ne me semble pas utile de revenir sur l’évolution qualitative de nos vins. Elle est évidente, nécessaire et primordiale. Tous les progrès, de la vigne au chai, ont permis de maîtriser de mieux en mieux les aléas de chaque millésime. Là encore, le savoir-faire français est unique, tant il est diversifié.

    Quel autre pays peut-il se targuer de maîtriser, de savoir aussi bien suivre la maturité du Cabernet franc, à Bordeaux ou dans la Loire, que celle du Grenache dans le Rhône, du Sémillon à Sauternes, du Merlot à Pomerol, ou du Pinot meunier champenois ?

    Soyons donc sérieux : les meilleurs vins typés de nos régions proviennent toujours des mêmes terroirs, les territoires ne sont pas extensibles, et rares sont les “nouveaux” vignobles qui peuvent lutter.

    On a des vignerons dont les ancêtres faisaient du vin il y a plus de 500 ans ! On a des hommes et des femmes qui parviennent -malgré les modes et les appels des billets de banque- à rester au plus haut niveau depuis des décennies, bien avant que l’on imagine même de pouvoir planter des vignes en Australie ou en Californie, bien avant que l’on nous chante les louanges des vignobles de Nouvelle-Zélande, d’Argentine ou de Roumanie.

    On peut retenir trois points, fondamentaux :

    1/. L’explosion de l’offre a suivi celle de la demande de diversité de la part des consommateurs. Nous sommes passés de quelques dizaines de marques et châteaux à plusieurs milliers, dans toute les régions, et tout spécialement en Champagne. Chacun a relevé le challenge “d’exister”, de signer son propre vin, ne se contentant plus d’être la “vache à lait” du négoce ou des coopératives. Cela a produit une augmentation considérable des références, apportant aux consommateurs un choix exceptionnel.

    Toutes proportions gardées, c’est le même que nous avons avec la multiplicité des chaines de télévision ou des téléphones portables. Plus on a le choix, plus on devient connaisseur, plus on est “pointu”. Un bon nombre de négociants bordelais, bourguignons, champenois... ne s’en sont pas remis.

    2/. Les producteurs de notre pays sont, bien plus aujourd’hui qu’hier, les références mondiales. Au piquet tous les charlatans qui nous prédisaient que plus personne ne boirait nos vins, que nous allions disparaître sous les vannes des cubitainers australiens ou argentins, etc, etc. N’en déplaise aux pessimistes de base, la France et ses vignerons sont les fers de lance de toute la viticulture mondiale. C’était vrai il y a trois siècles et c’est toujours vrai.

    Vous voulez créer un vignoble au fin fond de l’Australie, qu’allez-vous planter ? Du Sangociese italien, de l’Azal portugais, du Graciano espagnol ? Eh bien non : comme par hasard, vous choisirez du Cabernet-Sauvignon bordelais ou du Chardonnay bourguignon ! C’est dire la force de nos vins, notre notoriété, notre “leadership”.

    Les Australiens ou d’autres auraient dû planter des cépages qui correspondaient à leurs sols, et ne pas “piquer” les nôtres.

    On a planté du Cabernet-Sauvignon ou du Pinot noir “standards” en Californie ou en Nouvelle-Zélande, prétextant qu’à Bordeaux ou en Bourgogne cela faisait de grands vins. Ce n’est pas si facile.

    Il en est donc de même pour certaines appellations en France où l’on a mis de la vigne à la place du maïs, par exemple...

    On fait la même chose en Languedoc ou dans d’autres régions de vins de pays, au détriment de cépages locaux beaucoup plus adaptés aux terres et à la climatologie.

    3/. On ne peut plus se moquer des consommateurs. On l’a suffisamment fait en lui vantant le bien-fondé de “maquiller” des vins, de les surconcentrer, de leur vendre à des prix inadmissibles des bouteilles dont le contenu s’étiole en cinq ans...

    Quelques Bordelais ont leur part de responsabilité : trop d’attaches avec des “critiques” étrangers, trop d’esbroufe auprès de “journaleux” tout contents de voir la fille du proprio ou se pamant devant un dossier de presse dythirambique, trop de volonté de “gagner toujours plus”, trop de “loups dans la bergerie” (on voit ce que Vinexpo est devenu).

    C’est donc une véritable scission qui s’est effectuée entre les propriétaires traditionnels, passionnés du vin (ceux que l’on met en avant dans Millésimes) et ceux qui n’y voient qu’un produit commercial.

    J’apprécie la qualité du vin, du plus modeste au plus cher, celui à 5 € tout comme celui à 150 €. Je m’attache surtout à ceux qui cherchent à laisser s’exprimer leur terroir. Un Pouilly-Fumé ne ressemble pas à un Pessac-Léognan même si il y a du Sauvignon dans les deux, cela n’a rien à voir. Le jour où, dans une dégustation “à l’aveugle”, on ne saura plus les différencier, on aura perdu.

    La mondialisation du vin a fait du tort, apportant une tendance à une aseptisation. Sans terroir, sans homme, le vin n’a aucun intérêt, il n’a pas d’âme.”

    B.D. : Nos vignobles ont-ils tous évolué de la même façon ?

    P. D.-G. : Bien sûr que non. Tout dépend de la personnalité des hommes et des femmes du vin.

    Je pense à l’Alsace, à la Loire ou à la Bourgogne, où les viticulteurs ont plus une mentalité, au sens noble, de “paysans” très attachés à leur terre. Il ont tous été très forts, gardant la mainmise sur leur vignoble, le protégeant des “envahisseurs” ou de fantaisies œnologiques. Ce n’est pas si facile de maintenir une identité familiale, de rester “au top” comme le font certains propriétaires bordelais auxquels je suis fidèle.

    La Champagne est en train de vivre la même aventure, avec une démarche “terroir” particulièrement intelligente, à laquelle je souscris totalement.

    À partir du moment où il y a une histoire générationnelle, d’hommes, de traditions... on comprend pourquoi ces vignerons ne se laissent pas influencer facilement par des modes ou des donneurs de leçons, et ils ont bien raison !

    Grâce à eux, lorsqu’on ouvre un Gewurztraminer Vendange Tardive, un Saint-Estèphe ou un Vosne-Romanée, on entre dans une typicité hors pair, une précision de territoire incroyable, où l’on ne fait pas le même vin à quelques mètres...

    Si on goûte un vin de cépage (Chardonnay ou autre) planté dans une terre à maïs, cela n’a rien à voir. Faute de terroir, on va créer des arômes par des chauffes en barriques, des enzymes, des levures de synthèse... J’assimile ces vins à des sodas, rien de plus.

    La fierté de son terroir, c’est donc très important. Je respecte profondément ce sentiment. Quand je vois un propriétaire qui tient tendrement dans sa main les galets roulés de Châteauneuf-du-Pape ou un copain de Chablis accroupi au pied de ses vignes me montrant le sol kimméridgien, je sais que l’on est dans la vérité.

    C’est quand même différent du propriétaire qui pose devant ses nouveaux bureaux construits par un architecte renommé ou qui montre sa fille en robe du soir dans son chai en marbre !!!

    Je ne pense pas que l’on puisse communiquer sur le vin comme pour un sac de luxe. Le vin, c’est un monde qui demande de la sensibilité, une éthique et une morale.

  • De l'art de nous prendre pour des couillons...

    On les aurait pas, il faudrait les inventer : voici, dans notre secteur Vins et Gastronomie, des dérives ubuesques qui ne devraient prêter qu'à rire si certains ne tentaient pas de leur donner du sens...

    1/. La cuisine "moléculaire"
    Sincèrement, je commence à être gêné de lire autant d'âneries sur cette fumisterie. On connaît l'art "people-pipeau" (Koons, Warhol, Combas...), on a maintenant des chefs "géniaux" qui nous abreuvent de mousses, d'additifs, d'émulsifiants, tous plus ou moins chimiques et, billes d'Agar-Agar sur le gâteau, le tout est proposé à des prix particulièrement honteux).

    Allez, pour vous faire rêver, voici ce qu'on y ajoute : azote liquide bien sûr, lécithine, amidon de maïs (Xanthane...), Alginate de Sodium pour les billes de gélification (dont la dose journalière admissible n'est pas définie, rassurant, non ?), un peu de chlorure de calcium, de l'Agar pour toutes ces écœurantes gélatines, des Citras, Algin, Gluco, et j'en passe... Rien que du naturel.

    Une idée de menu :

    - à l'apéro, je ne peux que vous conseiller le cocktail moléculaire "litchi pearl" ou le "Vodka-caviar de violette" ou le "Caviar de concombre" (si, si, cela existe, regardez la photo).

    - ensuite, une "Meringue à l'azote liquide" pour vous mettre en bouche (demandez une table proche des toilettes), ou ce "Ruban d'encre de Seiche et Réglisse" (2** au Michelin, le type qui fait ça !!!), sinon, optez pour une entrée du chef (trop) médiatique Marx à Pauillac le "Risotto de Soja", par exemple), dont je vous livre sa présentation : " Thierry Marx, chef iconoclaste, a composé une carte à son image : patchwork de cuisine moléculaire à l'avant-garde des textures et des saveurs, et de tradition réinventée. Adepte d'écumes, de fumets et de quintessence, le saucisson est «virtuel», le pavé de blonde d'Aquitaine est empaqueté de papier cristal et la tomate iceberg, juchée sur son cylindre de glace, tombe dans une eau tiède d'herbes potagères semée de pavots en fleur" (menus : 90 à 175 €, pas donné).

    Bon (est-ce bien le mot ?), passons.


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    Commencez à préparer votre sac en papier et à le placer sur vos genoux, on ne sait jamais (le même que celui que l'on vous donne dans les avions), on atteint les choses sérieuses. Tiens, pourquoi pas des "Canellonis translucides aux fraises" (on vous le conseille même avec un Bourgueil, pas sympa pour le vin dirait Jean Carmet).

    Vous en voulez encore : le géant, le plus grand, le plus mytho, le "plus grand resto du monde" (mais si, puisqu'on vous le dit : "D'après les critiques spécialisés (spécialisés en quoi ?), c'est la première fois dans l'histoire que quelqu'un a été designé le meilleur genie-chef cuisinier de l'histoire.") : El Bulli pour découvrir un menu dégustation à 165 € (c'est dingue, ces types qui chipotent pour si peu : 165 €, c'est rien pour manger de l'air, allez, les pauvres, vous n'y connaissez rien).

    Ah oui, pourquoi ne pas ajouter un "Shampoing d'ail", des "Perles de thym" ou des dés cubiques aux légumes ? Et pourquoi pas : un "Chantilly de Foie gras" (je vous avais prévenu, pour le sac en papier),

    Que des trucs de stars, par des stars, on vous le dit. Tiens, en voici un qui se présente lui-même comme «concepteur artistique d’événements culinaires». Pas moins. Et encore une belle recette : "la sphérification et les ravioles de betterave". Rien de mieux qu'une vidéo pour se mettre en appétit.

    Et pourquoi pas un stage : "Les Bordelais en sont fous. On a aussi bien des laborantins dans l’âme que l’étudiant branché ou le retraité en quête de nouveautés.” Curieux de tout, le cuisinier de l’Atelier des Chefs à Bordeaux, Frédéric Schuller, a lancé les cours de cuisine moléculaire voilà sept mois. Vu son succès, la formule a été adoptée par l’ensemble des Ateliers en France. Ce vendredi 16 janvier, 25 rue Judaïque, le cours a fait le plein comme à son habitude. Au programme : l’Œuf au plat sucré version 2009, le Risotto de champignons et spaghettis de parmesan virtuel et un Tiramisu minute, caviar de chocolat et Amaretto. Deux heures durant, les arpètes jouent aux alchimistes ou au docteur tournesol, c’est selon. Avec seringues et tuyaux, les spérifications classiques ou inversées relèvent d’un jeu d’enfant.”

    Ah, des "spaghettis de parmesan virtuel", super !

    Sinon, optez carrément pour le "kit moléculaire" (profitez-en pour faire repeindre vos propres toilettes).

    2/. Le vin, même combat ?

    Pour aller avec cette formidable cuisine, on a les vins qu'il faut : noirs de chez noirs, puants le goudron, tout aussi écœurants, traficotés par les plus innovantes manipulations œnologiques, parfumés par des levures chimiques, enzymes, barriques de bois surchauffées, d'autres macérés dans des copeaux, mélangés à de la sciure, etc, etc. Du plus cher au truc à 2 €, de vrais "produits" de consommation qui n'ont, comme la cuisine moléculaire, de nom que le mot "vin". Voir "Un vrai Bordeaux, sinon rien" (et, concernant certains vins du Languedoc, cet article) ou "Le vin, ce n'est pas une boisson...".

    Je suis sympa, je vous renvoie à quelques concurrents pour qu'ils vous donnent les coordonnés de ces producteurs si talentueux (je ne les ai pas, personnellement).

    Autre tranche de rigolade. Je cite : "Le point de départ de ces recherches est le concept d’aliments de “liaison”, des aliments qui déterminent la réussite d’un accord, comme l’olive noire qui garantira que l’accord avec une syrah sera réussi, le gingembre qui fera passer à merveille les pinots gris ou la menthe qui invitera à tester un sauvignon blanc."

    Ah, une bonne tapenade avec un grand Bandol de Bronzo, idéal pour couler le vin, en effet. Et le gingembre, c'est pas super pour tuer le Pinot Gris ("à quoi ça sert que Schleret y se décarcasse", comme dirait l'autre) ? Encore des bons, non ?

    3/. Encore plus fort, le bois, maintenant.

    Voici le mail que je viens de recevoir de la Tonnellerie Sylvain :

    "Le monde de la viticulture en rêvait, la Tonnellerie Sylvain l'a fait ! Grâce à l'acquisition du Chêne de Morat, fleuron de la forêt de Tronçais, âgé de 340 ans et aux qualités incontestables, Jean-Luc Sylvain propose à ses clients d'élever de grands crus dans des barriques tricentenaires. La Tonnellerie Sylvain crée l'événement avec une collection exceptionnelle de 60 barriques ! Intitulée « Collection Morat 09 » by Tonnellerie Sylvain, ce joyau de la tonnellerie crée déjà un engouement sans précédent chez les propriétaires de grands vins qui pourront ainsi créer des cuvées spéciales en les élevant dans un écrin d'exception luxueux. Après son abattage en 2006, sa transformation en douelles, et un séchage de 36 mois dans le parc, le Chêne de Morat est prêt pour la création des barriques... Les pièces de cette collection unique seront destinées aux propriétés des régions vitivinicoles de la « Vieille Europe » et du « Nouveau Monde ». Une dizaine de barriques seront designées d'artistes, qui apposeront leur touche créative avant d'être mises aux enchères en juin prochain au Régent Grand Hôtel."

    On ne sait plus si on doit refréner un fou-rire ou en pleurer.

    L'accord semble presque parfait : de l'azote dans votre assiette, de l'encre dans votre verre et du super-bois pour faire macérer des cuvées encore plus "spéciales". Cela laisse rêveur...

    P.S. Pour info : "Santi Santamaria, récompensé du prix littéraire Premio de Hoy en début de semaine pour son livre La cocina aldesnudo (La cuisine à nu), milite pour la cuisine méditerranéenne traditionnelle et redoute que les chefs "ne deviennent les bouffons du 21e siècle". Malgré "un grand respect" pour Ferran Adrià, le chef de Can Fabes se demande s'il faut se sentir "fiers d'une cuisine, moléculaire ou techno-émotionnelle, avalisée par Ferra Adrià et ses adeptes, qui remplit ses plats de gélifiants et émulsifiants de laboratoire". Pour le chef de Can Fabes, la consommation de metilcellulose, un gélifiant d'origine végétale, peut être "préjudiciable" pour la santé. Il rappelle ainsi que cette substance est "déconseillée pour les enfants de moins de 6 ans". Il s'agirait, d'après lui, "d'un sujet de santé publique". La metilcellulose, comme les émulsifiants et épaississants, permet aux chefs adeptes de la cuisine moléculaire de réaliser des gels, émulsions et autres originalités. Ces ingrédients, conçus pour la cuisine, sont en vente librement dans le commerce. Et c'est justement ce qui inquiète Santi Santamaria. "Les recettes qui circulent sur Internet et qui invitent les cuisiniers à prendre des risques me font peur" dit-il, avant d'ajouter que "les clients des restaurants devraient connaître la composition exacte des plats qu'on leur sert". Voir la suite...

  • Un vrai vin, sinon rien

    auteur.jpgBrigitte Dussert  : Région par région, que s’est-il passé en trente ans ? Prenons l’Alsace.

    Patrick Dussert-Gerber : Ce qui a changé globalement dans cette belle région, c’est que l’on goûte pas mal de vins à la sucrosité trop importante au détriment de la minéralité et de la fraîcheur. Je regrette un Riesling vif, franc, à déguster sur des huîtres, j’aime moins quand il est plus gras, par exemple en 2004 et 2002, qui sont, pourtant des millésimes classiques, cela n’est pas normal. Heureusement, il y a des propriétaires qui s’appliquent à faire ressortir la typicité de leur terroir. Il ne faudrait pas qu’on assiste à un “lissage” de ces grandes appellations ou accentuer la mode des vins trop mûrs qui dépersonnaliseraient la spécificité des cépages et des sols. D’autant que la multiplication des noms de crus, clos, lieux-dits... ne simplifient pas la lecture de l’étiquette.

    B. D. : En Beaujolais ?

    P. D.-G. :  C’est un vignoble où il n’y a pas eu de bouleversement flagrant, même si les vignerons connaissent une crise tenace avec des vins qui ne sont pas assez rémunérateurs. Seuls les Crus résistent bien. Le Beaujolais Nouveau est une belle réussite mais on observe une certaine lassitude, il faudrait relancer la communication. C’était une idée géniale, dont j’ai suivi l’évolution année après année. Au début, tout le monde se moquait d’eux, mais le négoce a su lancer la mode d’un vin qui se vendait en 24 heures donc très intéressant financièrement, doté d’une forte image de marque de vin très chaleureux, très convivial, attendu à date fixe, c’est formidable !  Chaque année, c’est la fête du Beaujolais Primeur et les fidèles de l’évènement vont s’encanailler dans les bistrots à vin du monde entier, c’est très sympa, je suis le premier à y aller ! Un Beaujolais Primeur, c’est un vin qui ne se prend pas au sérieux, friand, franc, gai, simple, qui a toujours un bel avenir devant lui car on aime déboucher de temps en temps un vin léger.

    Bien sûr, je ne vous cache pas que je préfère me faire plaisir avec un Morgon ou un Saint-Amour, tant ces crus du Beaujolais méritent d’être appréciés comme il le faut. J’ai toujours soutenu les vignerons de la région, au moment où ils subissaient quelques scandales ou la jalousie des autres vignobles, qui n’ont, il faut bien le reconnaître, pourtant jamais réussi à faire de leurs vins primeurs des concurrents sérieux (Touraine, Gaillac...).

    La fidélité, c’est important. Il faut du temps pour juger un vin, comprendre le vigneron, l’influence des micro-climats, les us et coutumes de chaque région.

    ChateauOnline

    B. D. : En Vallée du Rhône ?

    P. D.-G. : Le vignoble est très étendu, il faut  donc être précis. Les Côtes-du-Rhône, par exemple, ont fait de gros efforts, on ne trouve plus de mauvais vin (tout comme pour le Bordeaux de base d’ailleurs). Pour l’image de marque,  c’est plus délicat,  ils ont du mal à s’imposer, ils font de telles quantités... L’appellation-phare, Châteauneuf-du-Pape, a su raison garder, en conservant l’un des plus beaux rapports qualité-prix-typicité de France. Ce qui a surtout changé en Vallée du Rhône, ce sont les “petites” appellations qui font maintenant des vins exceptionnels entre 7 et 15 €, à Rasteau, à Visan ou à Gigondas où l’on goûte des vins beaucoup plus intéressants qu’à mes débuts. Avant, tout passait en vrac et ce n’était pas la même mentalité.
    Maintenant, les caves coopératives (pas toutes) sont très motivées par la qualité et, souvent même, donnent l’exemple ! Ces caves sont très bien équipées, capables de jouer dans la cour des grands. Elles ont eu un vrai défi à relever, et elles l’ont relevé, sans pour autant dépersonnaliser leurs vins, sous prétexte d’un marché mondial, bien au contraire.

    Je pense aussi, que le développement de cette région, en grands vins comme en plus modestes, s’est renforcé du fait que Bordeaux a délaissé un peu le marché français, avec ses vins de marques. Pas certain que le choix ait été si judicieux.

    Je voudrais attirer l’attention sur des abus de prix : je pense à certains petits vignobles, par exemple Hermitage ou Condrieu, qui se vendent à l’étranger et délaissent le marché français, aucun restaurateur lambda ne pouvant  les acheter à un prix cohérent, c’est regrettable. Quant à la justification du prix de ces appellations, je suis très dubitatif...

    B.  D. : Cela a été le cas en Bourgogne, quand les bourguignons, il y a une vingtaine d’années s’étaient tournés exclusivement à l’export...

    P. D.-G. : C’est vrai. On ne trouvait plus un bon Puligny-Montrachet ou un Meursault en France, il n’y en avait que pour les américains. Le  bon sens “paysan” a repris le dessus et a permis de faire comprendre aux vignerons qu’il fallait faire très attention, et revenir en France, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Suisse...

    À ma connaissance, c’est le seul vignoble qui a réussi ce tour de force !  Ils vendaient parfois jusqu’à 95% à l’export et sont revenus sur le marché français en rééquilibrant la distribution. À Chablis, c’était le même cas de figure, mais ils ont aussi compris que, si le japonais d’Osaka en visite à Paris ne trouvait pas la bouteille sur la table du restaurant, il se poserait  peut-être des questions...

    J’ai un faible pour les Bourguignons. J’aime leur mentalité. Les vignes bourguignonnes sont les plus chères du monde mais les viticulteurs conservent la volonté de transmission à leurs enfants. Ce n’est pas si courant.

    Pour les vins, ce qui me plaît en Côte de Nuits ou en Côte de Beaune, c’est justement l’élégance, la finesse. Pour le vin rouge notamment, il ne faut pas confondre couleur et concentration. Ce n’est pas parce qu’un vin est “noir” ou ultra concentré qu’il va être meilleur ou mieux vieillir. Il faut “tordre le cou” à cette idée reçue qui a d’ailleurs été le grand défaut de ces 20 dernières années. On a voulu faire des vins qui n’existaient pas avant prétextant qu’on allait faire mieux !!! Je goûte depuis toujours des vins de Corton, Pommard, Vosne-Romanée ou Gevrey qui n’ont pas une couleur très sombre et qui ont un potentiel de vieillissement de 20 à 30 ans, avec des arômes extraordinaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le millésime 2005 en Bourgogne n’est pas un millésime qui me passionne beaucoup, je le trouve trop fort, concentré, trop “chaud”.

    Globalement, toute la qualité de la production en Bourgogne a beaucoup augmenté. Dans mes premiers guides, il ne devait y avoir qu’une cinquantaine de vignerons. En quelques années, de toutes petites structures familiales se sont mises à “faire de la bouteille”, avant, tout passait par le négoce comme c’était le cas aussi en Champagne. Le fait que chacun embouteille sa production a précipité le déclin du négoce, il existe aujourd’hui très peu de maisons familiales. Autrefois si bien établi, le négoce a souffert, d’une part, parce qu’il ne possédait pas de vignes propres, et qu’étant tributaire des approvisionnements, on ne lui donnait pas toujours les meilleures cuves... D’autre part, certains négociants -ce n’est pas spécifique à la Bourgogne- avaient une fâcheuse tendance à adopter une suffisance qui n’était pas de mise.

    J’ai toujours soutenu les vignerons qui vendaient leur vin en bouteilles, les encourageant à s’acheter petit à petit une cuve, des barriques, à s’appliquer à produire un vrai vin typé, et à faire des salons pour le vendre.



    La Cantinière


    B. D. : Vous aimez aussi beaucoup le Champagne et la Champagne...

    P. D.-G. : La Champagne est le vignoble qui a le plus “explosé” avec la prolifération de propriétaires qui se sont décidés à mettre en bouteilles leur propre production, et je leur donne bien raison.

    Auparavant, ils vendaient aux négociants et il n’y avait que 20 à 30 grandes marques de Champagne. C’est plus rémunérateur pour eux et plus valorisant de mettre leur nom sur l’étiquette, plus motivant pour leurs enfants de se battre pour défendre et promouvoir leur entreprise. C’est à mon avis ce qui a sauvé la Champagne et la Bourgogne, cette jeunesse motivée, dynamique, entreprenante, diplômée, qui s’est investie dans le vignoble familial.

    Tout comme les Alsaciens et les Bourguignons, les Champenois sont des commerçants avertis, ils vont chercher le consommateur, l’importateur, ne se contentant pas de donner leur production à un négociant et de partir en week-end !

    C’est la clé de leur époustouflante réussite.On boit plus de Champagne parce que la qualité est devenue remarquable et abordable, voilà tout !

    Beaucoup d’efforts ont été réalisés, les prix sont restés très sages et le consommateur, tout naturellement, a suivi. On trouve d’excellentes bouteilles entre 12 et 15 €. Il ne faut pas les  comparer bien sûrs aux très grandes Cuvées faites avec des vins de réserve exceptionnels et qui valent de fait leur prix (50 € et plus), comparons ce qui est comparable.

    En tout cas, c’est ce qui a décidé les consommateurs à en acheter plus, et plus souvent. Ce n’est pas uniquement le mode de consommation qui a évolué, les consommateurs ont réalisé qu’ils se font plus plaisir avec un bon Champagne qu’avec un mauvais Porto ou un Whisky fait on ne sait où ?

    Mais, si la force des champenois est d’avoir ainsi maîtrisé leurs prix, c’est sans doute la région au monde où cet effort est le plus visible. Et puis, les Champenois sont remarquablement organisés, solidaires.

    B.  D. : C’est pourtant un vignoble qui est en train de s’étendre beaucoup : il va donc falloir scinder les différents types de cuvées que l’on va retrouver sur le marché prochainement.

    P. D.-G. : Il faudra différencier encore plus les terroirs, comme on le fait pour les vins.

    L’extension quantitative du vignoble peut, paradoxalement, permettre une véritable nouvelle perception du Champagne, qui devient un vin de terroir, et non plus uniquement d’assemblage. Il va falloir considérer le Champagne comme un vin à part entière, c’est ce que je fais depuis toujours, mais ce discours n’est pas toujours bien compris de tous.

    Il faudra observer le nom du village, parcelle par parcelle, la volonté du vigneron de rechercher l’expression de la minéralité de son sol. Les terroirs exceptionnels (Grand Cru et Premier Cru) vont prouver que le Champagne est un grand vin. Je me bats depuis longtemps pour le faire accepter.

    B. D. : Quelle est votre relation avec le vignoble bordelais ?

    P. D.-G. : Je vis à Bordeaux. N’étant pas masochiste, il faut donc que j’aime la région, et ses vins. C’est la région viticole où il y a eu le plus de changements en 30 ans. Cela a commencé avec la visite des chais en marbre dans le Médoc puis, la mode des barriques, des œnologues, des vins “lissés”... Il y a 20 ans, on ne nous parlait jamais des vignes, uniquement des vinifications ! Ce phénomène s’est déplacé depuis une petite dizaine d’années à Saint-Émilion, où l’on s’est mis à concentrer à outrance, en devenant champion de toutes les manipulations techniques possibles. Je n’arrive pas à comprendre cela.


    B. D. : Ne pensez-vous pas que le but était aussi de plaire au goût des consommateurs étrangers ?

    P. D.-G. : Si c’est le cas, quelle bêtise ! On ne doit pas dénaturer son vin pour séduire un éventuel consommateur chinois... Cette médiatisation exagérée des vins noirs et très concentrés du Libournais, ce n’est pas la vraie typicité des vins bordelais qui sont pour les rouges, soyons clair, toujours les plus grands vins du monde. C’est l’élégance qui fait rêver, ce ne sont pas les tanins du bois accrochés à la langue !!!

    Dans le Médoc, certains ont fait l’erreur, il y a une vingtaine d’années, de vouloir se conformer à la mode, résultat : on ne parle plus vraiment des vins du Médoc, à part quelques grandes figures incontournables. J’étais très content d’aller déguster dans les châteaux il y a 25 ans, c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui. D’ailleurs, on ne boit plus ces vins en France, à cause des prix exagérés certes mais aussi parce que l’on s’est lassé de ces crus, tout bonnement. Est-ce vraiment une réussite d’avoir disparu de son pays, de ne plus faire référence dans les grandes dégustations d’amateurs ?

    Qui est capable aujourd’hui de me citer le nom de 20 châteaux classés en 1855 (bravo pour l’actualité) en 3e ou 4e crus ? Où sont-ils ces vins ?

    B. D. : Les Graves de Pessac-Léognan ont-ils beaucoup évolué ?

    P. D.-G. : C’est certain, c’est le vignoble qui a le plus progressé, par étapes. Auparavant, il n’y avait, en effet, que quelques crus dont on parlait : Chevalier, la Mission... Beaucoup de propriétaires-investisseurs à Pessac-Léognan ont eu l’intelligence d’associer la modernité (des vins plus ronds, etc) à la tradition, en laissant toute la spécificité de leurs terroirs s’exprimer. Ils ont aussi une gamme de prix cohérente qui correspond au marché, par rapport aux autres vins de France, et aux vins étrangers.

    Et puis, ce n’est pas si facile de réussir à la fois du blanc et du rouge, et les propriétaires que nous soutenons ont aussi le mérite de réussir cela. Les vins blancs de Pessac sont tout à fait remarquables et rentrent dans la “cour” des grands vins blancs du monde et les rouges sont parvenus à un haut niveau qualitatif et cela dans toute la gamme. Évidemment, d’autres ont exagéré, accumulant les “prouesses” œnologiques, faisant des vins insipides, marqués par des senteurs tropicales (sic), et trop chers.

    B. D. : Est-ce que cette réussite a aidé les Graves du Sud ?

    P. D.-G. : Je me souviens des querelles d’hommes lors de cette séparation des Pessac-Léognan avec les Graves du sud. Pourtant, il fallait bien que les Graves de Pessac-Léognan se distinguent de ceux de Langon, les terroirs étant fort disparates. En parallèle, l’appellation de Graves a également explosé qualitativement, dans les blancs comme les rouges et cela dans une gamme de prix très large : c’est dans cette région qu’il y a eu le plus grand bouleversement qualitatif ces vingt dernières années. On fait des vins superbes à Landiras, à Podensac, à Portets ou à Beautiran, et je n’ai pas hésité longtemps à les faire accéder au sommet dans mon Classement, tant leur rapport qualité-prix-typicité est réussi. On reconnaît facilement “à l’aveugle” un vin de Graves, ce qui prouve bien qu’il y a une identité.

    B. D. : Les Bordeaux Supérieurs ont-ils vraiment fait des efforts, eux aussi ?

    P. D.-G. : J’ai écrit le Guide des Bordeaux Supérieur en 1990 : je connais donc l’appellation, j’ai beaucoup d’amis qui travaillent ici comme s’ils produisaient des crus classés ailleurs, déployant les mêmes efforts. Ils ont profité que le Médoc “de base” délaisse la typicité pour s’engouffrer dans de nouveaux marchés. D’un point de vue de marketing “pur”, Bordeaux Supérieur, ce n’est pas un nom génial, il faut l’avouer... La réussite est d’autant plus méritoire. Ici comme partout, les différences de style sont notables, le territoire étant tellement étendu, il faut faire des distinctions entre les vins produits à Pellegrue ou à Saint-André-de-Cubzac, ceux qui viennent de Génissac, de Saint-Martin-du-Puy, d’Arveyres ou de Tresses.

    B. D. : Du côté de Saint-Émilion, qu’avez-vous observé ?

    P. D.-G. : J’ai toujours eu une attirance pour les “satellites” de Saint-Émilion, des vins à des rapports qualité-prix sensationnels. Les propriétaires savent maîtriser leurs vignes, leurs prix, ont sorti des cuvées plus complexes. Montagne Saint-Émilion était une appellation où, déjà il y a 30 ans, je dégustais des vins bien meilleurs que certains Saint-Émilion. Quand on voit les vignes en coteaux de Montagne ou Saint-Georges, on comprend vite pourquoi.

    À Saint-Émilion, hélas, on assiste toujours à des querelles de clocher où l’on a l’impression que se règlent les comptes au travers des bons points reçus ça et là par les uns et les autres. Il y a une carte exceptionnelle, précise, détaillée, évidente, de Van Leuween, qui a fait l’inventaire des meilleurs terroirs, et le prouve...

    Là encore, la typicité a le dernier mot. Pas de grands vins sans terroir, pas de réel prestige si l’on mise sur l’arrogance.

    B. D. : Et les Côtes de Bordeaux ?

    P. D.-G. : L’actualité des Côtes de Bordeaux me laisse également assez perplexe : on assiste à un regroupement des Premières Côtes, de celles de Blaye et de Castillon (les Côtes de Bourg ayant refusé d’y appartenir). Quand on veut mettre son identité en avant, montrer son originalité, regrouper ces appellations sous un nom générique, prétextant que c’est plus simple à mémoriser, me paraît aberrant. Si les Côtes veulent un avenir, c’est  bien en défendant leur spécificité propre, non ? On est, pourtant, en train de faire la démarche inverse...

    B. D. : Les vins du Sauternais sont-ils les mêmes ?

    P. D.-G. : Oui, ils restent très difficiles à produire, ce sont des vins tout à fait exceptionnels, très  tributaires de la nature. Ce ne sont pas des vins que l’on peut “rattraper” dans le cuvier. À Sauternes comme pour les Quarts-de-Chaume, à Loupiac ou à Jurançon, la surmaturité naturelle des raisins est indispensable, je parle de celle apportée par le Botrytis Cinerea, et pas du passerillage.

    B. D. : Non loin, les vins du Sud-Ouest ?

    P. D.-G. : On peut rapprocher la démarche des vignerons du Sud-Ouest à celle des producteurs du Val de Loire. On produit un style de vin traditionnel sans effet de mode. Les vins sont plaisants, charpentés, charnus, ils ont une âme et c’est très bien ainsi.

    La région est bien évidemment étendue et regroupe de nombreuses appellations qui ne se ressemblent pas. Bergerac est tout bonnement un vignoble dont on n’entend pas parler, on a l’impression qu’il a disparu, à part quelques campagnes de pubs sur des abribus ou dans des foires aux vins. Gaillac est un vignoble intéressant, et il faut aborder ses vins comme des vins de plaisir, dans toutes les couleurs, quand, à Cahors, on apprécie plus des vins de “chair”, denses et parfumés, qui ont un réel potentiel de garde.

    Pourtant, ce que je constate, pour l’ensemble de ces vignobles, c’est un immobilisme aberrant des Syndicats : on a vraiment l’impression que rien ne se passe dans leur coin, qu’il manque la volonté de montrer sa fierté, son authenticité. Un jour, on bouge, on a des idées, le lendemain, on repart faire la sieste... C’est dommage.

    B. D. : Poursuivons notre route vers le Languedoc...

    P. D.-G. : C’est la région qui m’a fait le plus sourire, je me souviens que mes “confrères” titraient “l’Eldorado”, la “Californie de l’an 2000”.

    Le seul homme qui soit un vrai précurseur ici, c’est Aimé Guibert, à Daumas-Gassac qui a fait une vraie recherche de cépages adaptés à ses sols, c’est le seul capable de créer cela. Je l’ai connu en 1982, lorsqu’il a sorti son premier millésime, j’en parlais avec lui, avec Émile Peynaud, qui l’avait conseillé... Il a su produire un vin typé, racé, extraordinaire. Il a beaucoup été copié mais jamais égalé. J’ai vu toutes les fantaisies, des vinifications extrêmes pour compenser un terroir qui manquait ou des cépages plantés, inadaptés au sol.

    Pourtant, il y a des territoires remarquables en Languedoc, des vins que j’adore, des vins de Pays, des Corbières ou des Minervois. On leur demande d’être vendus à leur juste prix, ils ne rivaliseront jamais avec un Pomerol ou un Margaux. Et puis, qu’est-ce que cela peut bien faire ? Ce vent de folie se calme un peu aujourd’hui, car certains investisseurs ont du mal à rentabiliser et  abandonnent, alors que des critiques ou sommeliers un tantinet trop enthousiastes sur les vins “fabriqués” du coin commencent également à se calmer, faute de passer pour des idiots...

    La morale de tout cela, c’est qu’il faut que chacun reste à sa place, le terroir d’un Vosne Romanée est reconnu, hiérarchisé, incontestable, depuis des siècles, on ne peut pas imiter cela si facilement. Et c’est tant mieux.

    B. D. : Nous arrivons en Provence...

    P. D.-G. : La Provence a changé, car beaucoup d’investisseurs sont arrivés, attirés par les paysages et le climat. Je me souviens du temps où les vignerons ont réussi à prouver (et c’était difficile) que l’on ne produisait pas uniquement des rosés mais d’excellents rouges et blancs sur leurs terroirs. Maintenant, c’est un paradoxe, on est en train, à nouveau, de produire d’importantes quantités de rosé, pour répondre à une demande croissante, je trouve cela un peu décevant qu’ils délaissent leur potentiel, ainsi, tant on peut se faire plaisir, en Côtes de Provence et en Coteaux d’Aix, avec des vins rouges ou blancs superbes, issus d’un vrai terroir, et de cépages racés comme le Rolle, l’Ugni blanc, le Grenache ou la Syrah.

    Par contre, à Bandol, on continue, comme il y a 20 ans, d’élever de très grands vins, et dans les trois couleurs, ce qui mérite vraiment un coup de chapeau.

    B. D. : Et la Loire, ce vignoble où vous avez des attaches particulières ?

    P. D.-G. : J’ai débuté mon métier dans le Muscadet, il y a trente ans, je connais bien cette région, j’aime les vins que l’on y produit, de Nantes à Sancerre.

    Ces vignobles ont bien évolué en continuant à produire d’excellents vins sans trop modifier leur ligne de conduite. Cela prouve que l’on peut se développer sans se laisser influencer par des conseils extérieurs qui tendent à vouloir tout bouleverser.

    Je trouve qu’un Saumur-Champigny ou un Chinon a le même goût qu’avant, les vins sont mieux faits, c’est une évidence, mais, ce sont les mêmes vins que dans les années 1980. C’est d’abord le signe d’une fidélité des hommes à leur spécificité. Et puis, les propriétaires de la région sont en contacts fréquents et directs avec les consommateurs qui circulent sur leurs routes très touristiques, et l’on n’est pas loin non plus de la capitale.

    Il faut dire que l’on trouve des vins à un rapport qualité-prix formidable : un Saumur-Champigny à 10 € ou un Sancerre à 12 € avec des typicités exceptionnelles issus de terroirs uniques.

    Qui n’a pas goûté l’expression du Sauvignon à Sancerre ou à Pouilly ne connaît rien au potentiel réel de ce cépage, qui ferait pâlir d’envie un bon nombre de producteurs d’autres régions et pays, où manque ce que l’on trouve ici : la minéralité !

    En Anjou ou en Touraine, il en est de même pour le Cabernet franc ou le Chenin, des cépages magnifiques ici, qui s’expriment comme nulle part ailleurs, dans ces territoires de Parnay, du Puy-Notre-Dame, de Montlouis, de Ligré, de Saint-Nicolas-de-Bourgueil ou de Vouvray...

  • Classé 1er Grand Vin, le Domaine Lamarche

    VOSNE-ROMANÉE Domaine François LAMARCHE

    Domaine François LAMARCHE

    (VOSNE-ROMANÉE)
    François et Marie-Blanche Lamarche
    9, rue des Communes
    21700 Vosne-Romanée
    Téléphone :03 80 61 07 94
    Télécopie : 03 80 61 24 31
    Email : domainelamarche@wanadoo.fr
    Ou : www.domaine-lamarche.com

    À la tête des Premiers Grands Vins Classés, et de loin. François et Marie-Blanche Lamarche sont des vignerons comme on aimerait en connaître beaucoup, et parviennent à marier discrétion et chaleur humaine, talent et humilité. “La relève au Domaine Lamarche se poursuit, précise Marie-Blanche Lamarche. Ma nièce, Nathalie, qui a 28 ans, me remplace au bureau et notre fille, Nicole, a eu son bébé l’an dernier. Avec le fils de Nathalie, mon petit-neveu de 7 ans, c’est donc une nouvelle génération qui se prépare au Domaine Lamarche. Le 2006, c’était la première vendange avec Nicole, notre fille, qui est venu travailler avec son père à la cave. Elle a donc vinifié les 2006 avec François, et vinifié seule le 2007. Savouré (c’est vraiment le mot) sur place, ce formidable La Grand’Rue Grand Cru Monopole 2006, d’une très grande typicité, un vin authentique comme on les aime, de robe pourpre, au nez caractéristique où se devinent les fruits mûrs, l’humus et les épices (cannelle, poivre), tout en bouche,qui associe charpente et distinction, charnu, qui devrait tenir toutes ses promesses. Le 2005 est l’archétype de ce que doit être un très grand vin bourguignon où le velouté s’allie à la structure, la complexité d’arômes (fruits noirs, champignons, poivre...) à la subtilité d’une matière pleine et riche, un très grand vin, de très grande garde. Le 2004, très racé, de robe grenat profond, au nez complexe où dominent les fruits cuits, légèrement épicé, est légèrement poivré, tout en bouche et très subtil comme nous les aimons, un vin gras, de grande garde. Le 2003 est un grand vin racé, coloré et très parfumé (cannelle, cuir et violette), puissant au nez comme en bouche, aux tanins présents et très élégants à la fois, de bouche persistante, très prometteur. Le 2002 est une très belle réussite, de belle robe grenat, riche et structuré, au nez persistant où dominent des notes de cassis, de griotte et d’épices, riche et long en bouche, savoureux, de lente évolution. À la suite, les 2001 et 2000 sont particulièrement réussis, d’un beau rouge grenat, puissants, presque sauvages, aux arômes très concentrés d’épices, de mûre et de cassis, de grands vins. La couleur est intense, beaucoup de matière, très bel équilibre tanins-acidité-alcool. Le millésime 99 suit, très réussi ici, gras et suave, d’une richesse et d’une complexité très fines, avec ces notes subtiles de fruits rouges mûrs, d’humus et d’épices, de garde. À la suite, le Clos-Vougeot 2006 est un vin qui mêle structure et velouté, de couleur pourpre soutenu et intense, aux arômes puissants et bien caractéristiques d’épices, de violette, de truffes et d’humus, bien charnu, vraiment un grand vin. Superbe Échezeaux 2006, où s’entremêlent les saveurs de sous-bois, de cuir et de fruits surmûris, fin et dense, un vin qui demande à se fondre, vraiment prometteur. Remarquable Vosne-Romanée Premier Cru Les Chaumes 2006, riche en arômes, d’une belle structure avec beaucoup d’élégance, aux notes de fruits macérés et d’humus, très équilibré au nez comme en bouche, un vin qui mérite de la patience comme ce Vosne-Romanée Premier Cru Suchots 2005, de couleur intense aux reflets noirs, aux puissants arômes de fruits rouges, d’épices, de gibier, aux tanins bien enrobés, très typé. Leur Bourgogne Passetoutgrain est régulièrement une réussite.

  • Le 2008 au Domaine de Chevalier

    231-2.jpg“Après une saison 2008 assez mitigée, nous raconte Olivier Bernard, humide au printemps et fraîche durant l’été, j’étais assez inquiet et , heureusement, à partir du 8 septembre le très beau temps s’est installé jusqu’à fin octobre. Pour compenser le retard de maturité, nous avons bénéficié de plusieurs journées d’octobre très chaudes. Je n’ai jamais vendangé les blancs aussi tard de ma vie, pour les rouges, les vendanges se sont achevées le 25 octobre, une date extrêmement tardive, merci à “Dame Nature” de nous avoir offert ce très bel été indien.

    J’aime ces longues maturités qui permettent aux Cabernets d’imprimer aux vins des tanins si somptueux et si “bordelais”. Cela apporte cette belle puissance, la finesse, l’élégance, enlevant toute “verdeur”, des tanins très persistants issus de raisins comme on sait en produire seulement à Bordeaux. Cette réussite est  vraiment due à ce mûrissement très progressif et étalé que nous avons encore connu en 2008. Avec une maturité trop rapide, les tanins se révèlent parfois un peu trop rustiques, violents, exubérants. Nous avons obtenu des degrés alcooliques naturels très élevés, proches de 14° pour les blancs, supérieurs à 13° pour les rouges, ce qui donne beaucoup de rondeur, de gras, de structure aux  vins.  Le 2008 est à la fois puissant et très élégant, fin et soyeux, très typé bordelais. C’est un millésime qui nous a demandé de prendre des risques en attendant octobre pour vendanger, ceux qui ont  récolté trop tôt présenteront peut-être des vins plus raides. Pour les blancs, les rendements sont faibles, environ 30 hl/ha. En janvier, nous avons fait des assemblages avec Denis Dubourdieu et les 20 lots étaient tous du niveau du grand vin, ce qui est rare. Il n’y aura pas de second vin, tant le niveau qualitatif était exceptionnel. Cela montre l’homogénéité des lots et la régularité absolument incroyable, c’est la première fois que je voyais cela à Chevalier ! Cela indique que c’est un très très grand millésime de blanc, très comparable à 2007, millésime d’excellence pour les vins du Domaine de Chevalier. Ce résultat qualitatif vient aussi du travail que j’ai réalisé en replantant progressivement le vignoble depuis les années 1980-1990. Ces vignes, qui ont une bonne vingtaine d’années, donnent des résultats tout-à-fait surprenants. On a pris des risques en plantant des vignes dans des endroits où il n’y en avait jamais eu, maintenant, ces parcelles “rentrent” dans le grand vin et c’est une grande satisfaction, une preuve que l’on ne s’était pas trompé.

    Dans ces temps de crise, on remarque que les consommateurs reviennent aux valeurs essentielles. Les vins au bon rapport qualité-prix , les domaines qui ont respecté leurs clients en ne doublant pas leur prix , ceux qui produisent  de très bons vins reconnus de tous ne connaissent pas la crise. Je vends autant de vin et je pense que je vais ressortir encore plus fort de cette crise. Je me suis toujours appliqué à produire des vins de fruit, de terroir, authentiques. Ces dernières années, on était un peu jaloux de remarquer que la presse parlait plus de ceux qui font des vins de garage à des prix “astronomiques”.  On se doutait bien que cela ne pourrait pas durer...  Aujourd’hui, on revient à des valeurs plus fondamentales et cela nous réconforte. Je suis toujours aussi respectueux de la terre et du travail de l’homme, cela peut paraître, pour certains, un peu désuet, mais je n’ai jamais cédé aux modes du “trop boisé”, ou du “plus-plus” ,  j’ai toujours respecté les consommateurs de mes vins et je me rends compte aujourd’hui que, malgré les modes, ils m’ont toujours fait confiance. J’ai toujours privilégié  l’élégance à la surconcentration et c’est pour cela que l’on aime les vins du Domaine de Chevalier, car on a plaisir à les boire.”

     

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